Dossier
Photo / Femmes / Féminisme
Associée à juste titre au premier journal de combat entièrement fait par des femmes, La Fronde, Marguerite Durand est née à Paris en 1864. Élégante, féminine, contre-modèle du portrait cliché de la féministe, elle n’en est pas moins une militante inflexible des droits des femmes. L’affiche de lancement de La Fronde, qu’elle crée en 1897, parle clair : « Les femmes contribuent par leur travail manuel ou intellectuel à la richesse nationale et prétendent avoir le droit de donner officiellement leur avis sur toutes les questions intéressant la société et l’humanité dont elles sont membres comme les hommes ». Son legs essentiel sera, à sa mort, sa propre bibliothèque à la Ville de Paris, ce qui préservera les traces des luttes des femmes. La bibliothèque Marguerite Durand existe toujours, avec les archives de sa fondatrice, écrites et iconographiques, et qui s’est enrichie de toutes sortes de documents sur le mouvement féministe international.
L'exposition Photo / Femmes / Féminisme est précisément constituée par ce fonds de la bibliothèque Marguerite Durand qui nous raconte les femmes à la conquête de leur liberté. 150 ans d'histoire des femmes, à travers 200 photographies réunies, nous invitent à une lecture du passé qui accorde à l'émancipation des femmes toute son importance, décisive dans la conquête de l'égalité et de la liberté de tous, et constitutive de la société d'aujourd'hui.
Lutte
Lorsqu'on aborde le sujet du combat des femmes et du féminisme, le spectre de l'indifférence, ou pire, du petit sourire
narquois, n'est jamais très loin. Quelque soit le sexe d'ailleurs. Et c’est souvent l’occasion pour les hommes de participer au concours de la blague la plus fine, notamment à l'occasion de la Journée internationale de la Femme, tous les 8 mars. Seulement si l'on se penche sur les origines de cette journée, et même si les avis divergent quelque peu, il semble au moins clair qu’à Copenhague en 1910, lors d’une conférence internationale, une certaine Clara Zetkin proposa que « les femmes socialistes de tous les pays organisent tous les ans une journée des femmes qui servira en premier lieu la lutte pour le droit de vote des femmes ». Il s’agit donc bien de lutte. Et là, comme nous le suggèrent les micros de RFI en juillet 2002 dans une émission de Sylvie Koffi, méfiance messieurs, car malgré le sépia de la photo, il semble bien que nombre de femmes le soit encore, en lutte :
Extrait : Les voix rebelles, une chorale féministe
RFI - Sylvie Koffi (2002)
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Et en lutte parfois par des moyens que l'on ne soupçonnerait pas au départ, mais peut-être encore plus dangereux, puisqu’amusants :
Extrait : Les voix rebelles, une chorale féministe
RFI - Sylvie Koffi (2002)
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Oppression
Mais pour qu’il y ait lutte, il faut qu’il y ait oppression. De quoi parle-t-on ? Des filles qui constituent les deux tiers des 150 millions d’enfants dans le monde qui ne fréquentent pas l’école primaire ? Du fait qu’il n’existe aucun pays où le
salaire des femmes est égal à celui des hommes ? Que les femmes représentent jusqu’à 75 % des réfugiés et des personnes déplacées ? Qu’à l’échelle internationale, de 20 à 50 % des femmes sont victimes de violence conjugale à un degré ou un autre au cours de leur mariage ? Que de 1953 à 2006, 40 femmes ont été élues chefs d’État ou de gouvernement ?
Toutes ces données proviennent du CRDI, le Centre de recherche pour le développement international. Citons un dernier chiffre, dont vous avez certainement entendu parlé, puisque martelé à l'occasion de la dernière Journée Internationale pour l'élimination de la violences à l'égard des femmes, le 25 novembre dernier : En France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son mari ou de son compagnon.
L’émission d’Alexandra Negler (Tropiques FM) en décembre 2007, nous rappelle avant tout que derrière tous ces chiffres, aussi parlant soient-ils, il s'agit bien de femmes, de visages, de parcours et d'histoires singulières, mais aussi, malgré tout, de sourires :
Extrait : Ma vie cachée
Tropiques FM - Alexandra Negler (2007)
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Faire bouger les lignes
Alors quelles solutions pour tendre vers une égalité de fait entre hommes et femmes dans le monde ? En deçà des
luttes organisées, militantes et encadrées, chercher à comprendre, à décrypter une situation est, pour tout à chacun, une obligation. Chahinaz : Quels droits pour les femmes ? est un film-documentaire qui en a fait son point de départ : Chahinaz est une jeune Algérienne qui rêve de liberté et qui n'entend pas qu'on lui dicte sa vie. Et pour tenter d’apporter des réponses à ses interrogations, avec elle, nous allons parcourir son pays et plusieurs continents, comparer sa situation avec celle d'autres femmes. En juin 2007, Stéphane Gravier d'Agora FM a consacré une émission en trois volets à ce document et à sa co-réalisatrice, Samia Chala :
Extrait : Chahinaz : quels droits politiques pour les femmes ? (2/3)
Agora FM - Stéphane Gravier (2007)
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Et il en ressort notamment que la situation des femmes dans le monde n'est pas aussi tranchée selon les latitudes où l'on se trouve, comme on aime souvent à le penser :
Extrait : Chahinaz : quels droits politiques pour les femmes ? (2/3)
Agora FM - Stéphane Gravier (2007)
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Si de manière (très) globale la situation des femmes évolue positivement, même pas à pas, il semble que le droit et l’arsenal juridique ne constituent définitivement pas des leviers suffisants pour annihiler ce qui ressemble à l'oppression d'une moitié de l'humanité par une autre. Dès lors, pas de miracle : si les avancées s’arrachent puisque données nulle part, alors c'est d’abord aux femmes elles-mêmes de faire changer les mentalités.
Arn'O