Accueil Phonothèque Dossiers Dossier: Médias versus banlieues : Je t’aime moi non plus

Dossier

Médias versus banlieues : Je t’aime moi non plus

Le quatrième pouvoir

tremblay-en-franceTremblay-en-France, le 29 mars 2010. Une perquisition donne lieu à la saisie de près d’un millions d’euros en liquide, ainsi que  deux kilos de cocaïne, 400 grammes d’héroïne et de cannabis, et un pistolet automatique. Autant dire l’une des plus importantes saisies réalisée à ce jour dans le cadre d’une opération de démantèlement d’un trafic de drogue. Le soir même, TF1 diffuse un reportage sur le trafic de drogue dans cette cité de la Seine-Saint-Denis. Hasard ou coïncidence, dans cette affaire pour le moins étrange la police assure, tout comme les journalistes concernés, qu’aucune information n’a été échangée entre les deux parties. La police accuse même les médias de nuire à leurs actions. Mais le cœur du problème soulevé par ces images de Tremblay-en-France se trouve bien au-delà d’une simple « gue-guerre » entre gros bras. L’affaire tourne court, et le maire de la cité finit par accabler les médias et les accuse d’offrir une image désastreuse et sombre de sa commune. Comment de telles dérives ont pu voir le jour et devenir, alors qu’il s’agissait de simples dérapages, une constante dans le journalisme actuel ? Le journalisme est bien souvent désigné comme le « quatrième pouvoir » venant ainsi rejoindre les trois pouvoirs constitutionnels. Le sociologue français Patrick Champagne, dans son article La construction médiatique des malaises sociaux, décrit le pouvoir des médias face à l’image actuelle des banlieues ainsi : « L’un des obstacles majeurs au traitement politique des malaises sociaux pourrait bien résider dans le fait que ceux-ci tendent à avoir une existence visible seulement à partir du moment où les médias en parlent, c’est-à-dire lorsqu’ils sont reconnus comme tels par la presse ». Une théorie qui prend tous sons sens avec le terme banlieue, désignant à l’origine l'espace urbanisé d'une ville situé dans la continuité du bâti de sa ville-centre qui en est administrativement distinct, et devenu l’expression idiomatique que l’on connaît construite par les masses médias, désignant désormais les quartiers pauvres, ou « quartiers sensibles », situés en périphérie d’une métropole.

Extrait : Banlieues : sous le feu des médias

Radio M - Elisabeth Sotteau (2007)

extrait1-radiom-s2923b-2.mp3


Novembre 2005 : le début de la crise

Alors que novembre 2005 est désormais tristement célèbre comme la période charnière de la « crise dejournalisme et citoyennetés banlieues », un an plus tard, le 18 octobre 2006, la Direction générale de la police nationale (DGPN) décide de réguler, en fonction du nombre de fonctionnaire des forces de l’ordre présent sur place, toutes les autorisations de reportages accordées à des médias dans les quartiers sensibles. La raison ? Une multiplication d’attaques envers des journalistes un peu trop curieux venus tâter le terrain de ces quartiers épinglés un an plus tôt. Lors des violences urbaines de novembre 2005, il a en effet été reconnu que les médias ont contribué à l’amplification de la révolte, les cités souhaitant obtenir le monopole médiatique en surenchérissant leurs actions, notamment en brulant des voitures. Mais la relation entre médias et banlieues est plus complexe qu’elle n’y paraît. Elle reste avant tout une relation d’échange entre les témoignages relatés par ces mêmes médias et leurs sources, dans un souci et un besoin presque vitale de médiatiser l’information, même si cela remet en cause le fondement déontologique de la profession. C’est donc dans le but de lutter et de contrer cette image négative des banlieues et ce phénomène d’échange malsain de plus en plus récurrent, que l’association « Journalisme et citoyenneté » lance, en 2008, le projet « Vue des quartiers », trois ans après les émeutes. Ce projet, financé par l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (Acsé), a pour objectif d’expérimenter le journalisme participatif en associant des citoyens et des habitants des quartiers à des journalistes, dans le but de changer le regard des médias sur les banlieues.  Mais le mal est déjà fait : Jérôme Bouvier, journaliste et président de l’association, peine à trouver des personnes issues de ces banlieues acceptant de prendre part au projet, tandis que 70 journalistes signent les yeux fermés. Pour terminer, le projet prendra tout de même forme mais n’aura pas le succès

Extrait : Scènes de télévision en banlieue (1/2)

RFI - Solange Gariepy (1999)

extrait2-rfi-s1142b-3.mp3

 
Les fixeurs : une alternative ?

médias et banlieuesLa confiance est donc altérée, et il apparaît aujourd’hui compliqué de rabibocher les deux partis. C’est pourquoi chacun des acteurs tente, à sa manière et selon ses moyens, de résorber cette situation en proposant plusieurs alternatives. Le 23 octobre 2010, l’AFP publie une actualité concernant l’émergence de fixeurs au sein des banlieues pour faire le lien entre habitants des quartiers et journalistes. Les fixeurs ont en effet pour rôle de faire habituellement le lien entre les journalistes et les populations locales, en zone de guerre. Bien que la mesure puisse paraître draconienne face au problème soulevé, beaucoup de journalistes procèdent désormais de cette manière pour avoir accès à des informations sclérosées par la méfiance, voire la haine qu’ils inspirent aux « banlieusards ». Un débat organisé par l’Académie des banlieues sur le thème « Médias : fixeurs, un visa pour la banlieue ? », a, en ce sens, été proposé le 9 décembre 2010 à Tremblay-en-France sur la possible nécessité de transposer le rôle des fixeurs aux banlieues. Lors de ce débat, plusieurs journalistes présents ont témoigné de ces pratiques, dont Luc Bronner, du journal Le Monde, spécialiste des banlieues. Il a estimé pour sa part que cette pratique restait dangereuse et que la rémunération de ces fixeurs improvisés était « une limite à ne pas franchir ». Pourtant, le problème de l’objectivité du fixeur et de son pouvoir « trop important » reste présent dans les esprits. Lors de ce débat, la journaliste Florence Aubenas a notamment rappelé le rôle exact du fixeur, qui est généralement rétribué pour sa fonction de « passerelle » en temps de guerre. Celle-ci a pourtant souligné que hors de ce contexte particulier qu’est le journalisme de guerre, il est déontologiquement hors de question de payer pour avoir une information au risque de voir les dérives se multiplier.

La situation semble donc belle et bien se trouver dans une impasse. Mais au-delà de la problématique médias-banlieues, il pourrait bien s’agir ici d’un problème plus profond, remettant en cause les pratiques journalistiques actuelles où la course à l’information prend le pas sur la qualité de son traitement …

Extrait : La tyrannie de la communication (1/2)

Aligre FM - Marta Roldan (1999)

extrait3-aligre-s1231a-1.mp3

Emilie PETIT

Sélection

La vie en banlieue parisienne

Au lendemain des émeutes dans les banlieues, des journalistes suisses du journal l'Hebdo se sont installés à Bondy, et ont ouvert un blog où ils ont livré, chaque jour, leur vision de la société française.

Patrick ChompréRFI

Entretien – 19 minutes – diffusé le 27-06-2006 – mis en ligne le 25-07-2010

Banlieues : sous le feu des médias

Un documentaire de Christophe-Emmanuel Del Debbio qui tente de décrypter la façon dont la télévision a rendu compte des émeutes de novembre 2005.

Elisabeth SotteauRadio M

Entretien – 20 minutes – diffusé le 19-01-2007 – mis en ligne le 09-03-2010

Émeutes en banlieue

Ecrit et mis en scène par Dieudonné, "Emeutes en banlieue" est inspiré par les évènements de 2005 : Marie-Julie Poucinet, jeune journaliste chez TVnews1, est chargée de couvrir pour sa rédaction les émeutes en banlieue.. Entretiens et extraits.

Katia ScifoRadio Enghien

Reportage – 10 minutes – diffusé le 14-04-2006 – mis en ligne le 28-06-2010

Scènes de télévision en banlieue (2/2)

Deuxième et dernière partie de la rencontre avec Henri Boyer et Guy Lochard, auteurs de “Scènes de télévision en banlieue”, ouvrage qui traite du regard de la télévision sur la banlieue.

Solange GariepyRFI

Entretien – 15 minutes – diffusé le 18-02-1999 – mis en ligne le 28-09-2010

Scènes de télévision en banlieue (1/2)

Première partie de la rencontre avec Henri Boyer et Guy Lochard, auteurs de “Scènes de télévision en banlieue”, ouvrage qui traite du regard de la télévision sur la banlieue.

Solange GariepyRFI

Entretien – 21 minutes – diffusé le 17-02-1999 – mis en ligne le 28-09-2010

Média et pouvoirs (1/2)

Première partie d'un entretien avec Carlo Freccero, conseiller du Président de France Télévision.

InconnuRFI

Entretien – 19 minutes – diffusé le 08-12-1995 – mis en ligne le 10-08-2010

Média et pouvoirs (2/2)

Deuxième et dernière partie d'un entretien avec Carlo Freccero, conseiller du Président de France Télévision.

InconnuRFI

Entretien – 20 minutes – diffusé le 26-12-1995 – mis en ligne le 10-08-2010

TV : Carton Jaune

Deuxième partie de l'émission consacrée à "TV Carton Jaune" qui travaille à la mise en place d'une nouvelle éthique de l'information.

Aligre FM

Entretien – 12 minutes – diffusé le 01-10-1993 – mis en ligne le 20-04-2005

La tyrannie de la communication (1/2)

Entretien avec Ignacio Ramonet, Directeur du Monde Diplomatique et auteur de La tyrannie de la communication (paru chez Galilée), un ouvrage où l’auteur se livre à une critique des médias dans leurs contenu et fonctionnement.

Marta RoldanAligre FM

Entretien – 19 minutes – diffusé le 25-06-1999 – mis en ligne le 17-12-2010

 
Rechercher dans
la Phonothèque
Connexion

Nos partenaires