Dossier
Les palmes du grand écran
Tapis, glamour et...cinéma
Charlotte Gainsbourg fait le pied de grue en coulisse. Un cri émane du rideau rouge devant elle. Elle entend son nom sortir de la bouche peinte en rose de Kristin Scott Thomas. S’ensuit les bruits de la foule qui attend avec impatience que leur soit révélé ce pour quoi ils ont attendu patiemment 12 jours et quelques heures supplémentaires : la remise de la Palme d’or. C’est la scène qui s’est jouée ce 23 mai dernier lors de la cérémonie de clôture du Festival de Cannes 2010, LA référence en matière de cinéma. Mais pour qui ? Que représente réellement un festival aux allures pailletées qui se veut le représentant de l’élite du 7ème art ? Véritables valeurs ou fausses apparences, le Festival de Cannes est-il encore aujourd’hui un gage de qualité cinématographique ? A en croire le palmarès de cette 63ème édition, on ne pourrait en douter. Contrairement au déballage médiatique de stars sorties des placards l’année précédente (on se rappelle le retour mémorable de Jacques Audiard avec son Prophète, ou encore Heneke, détenteur de la fameuse palme avec le ruban blanc), cette année est restée plus pragmatique et terre à terre. Serait-ce dû à l’effet Tim Burton qui a embrasée la croisette ? Une grande diversité à la fois d’univers et de nationalité s’est abattue sur le festival : Biutiful de Alejandro Gonzalez Inarritu, Outrage de Takeshi Kitano sans oublier le nouveau détenteur en titre de la petite statuette tant convoité, Apichaptong Weerasethakul avec son film Oncle Boonme celui qui se souvient de ses vies antérieures. Un choix qui laisse perplexe le milieu édulcoré des habitués du « tout en grand » du festival. Pourtant, cette édition 2010 a passée des débuts difficile, suite au boycotte du gouvernement italien après l’annonce de la diffusion du film Draquila, un film sur l'après-séisme à l'Aquila (centre de l'Italie). Le plus médiatisé des festivals n’est pourtant pas le plus émérite face à des camarades riches en bouche mais surtout en images et découvertes.
Extrait : Des minots au festival de Cannes
Stéphane Gravier - Agora FM (2002)
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Un tour du monde cinématographique
Festival de Berlin, la Berlinale (les ours d’or), Festival de Venise, la Mostra de Venise (les lions d’or) et dans une moindre mesure, le festival des 3 continents (à Nantes), le festival du cinéma américain de Deauville, sans oublier les Gérard du cinéma, antagonisme parfait des César. Un florilège de récompenses et de films pour le plus grand bonheur d’un public en attente d’un film révélation qui les fera palpiter et frémir. Une seconde vie ou presque. Mais au-delà du plaisir purement émotif du cinéma se cache une envie de connaître et faire connaître de nouveaux horizons. Le 7ème art est en effet le meilleur moyen d’ouvrir les frontières en mettant de côté les éventuels conflits sociopolitiques entre deux pays. C’est ainsi que nous avons vu émerger depuis une vingtaine d’années maintenant, des festivals dédiés à des cinémas d’origines diverses : le festival du cinéma algérien, le festival des cinémas et cultures d'Amérique latine de Biarritz, le festival des cinémas d'Irlande et de Grande-Bretagne, le festival du film arabe de Fameck et le festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO) qui a lieu tous les deux ans, sans oublier les nombreux festivals internationaux dont le nom varie en fonction de la ville dans laquelle ils se déroulent. Un festival hors normes à également fait son apparition suite au développement de la qualité des téléphones portables : le festival Pocket Film qui se déroule au forum des images au mois de juin et prime les meilleurs créations cinématographique réalisées via un téléphone portable. Autant dire que le public français ne peut qu’être cinéphile voir cinéphage au vue des nombreuses pellicules auxquelles il a accès. Mais le fonctionnement et la mise en place d’un festival cinématographique a un coût. Et parfois, une courte vie dû au manque de subventions accordées. Un festival de cinéma est presque toujours militant et a vocation à faire connaître, découvrir et diffuser les films sélectionnés. Ils contribuent au fonctionnement et aux investissements des salles de cinéma mais également à la découverte de nouveaux talents et de nouvelles perles. Les festivals permettent aussi au public de participer directement à la programmation et à ces découvertes notamment par le biais de la remise d’un prix du public ou encore par la mise en place d’ateliers et de prix spéciaux organisés autour d’une ou plusieurs classes de primaires, collégiens ou lycéens. L’éducation par l’image donc.
Extrait : Des graines de scénaristes à Gindou
Anne Mignard - FMR (2007)
Money, money, money
L’argent. Maître mot de notre société, c’est lui qui décide du sort des petites structures qui ne doivent leur existence qu’à ces différentes subventions généralement accordées par l’Etat. Comment cela fonctionne ? Le principe est simple : un appel à projet, plusieurs candidatures, un seul gagnant. En effet, depuis quelques années, l’Etat et ses structures attenantes ont mis en place plusieurs fonds de soutiens aux différents projets audiovisuels, découverts pour beaucoup au sein même de ces festivals qui parsèment notre calendrier. Des fonds publics en somme, mais pas seulement. Arte France a ainsi créé une filiale Arte France cinéma dont l’objectif est de « coproduire une vingtaine de films d’auteur de cinéma chaque année ». Les projets proposés doivent émaner de producteur français uniquement. Les chanceux qui seront sélectionnés seront donc coproduit par Arte France cinéma, et préacheté par Arte France pour un montant global variant entre 100 000 et 500 000 euros. En échange de cette somme, Arte France se réserve les droits de diffusion pendant une durée de 18 mois. Donnant, donnant. Parmi les financeurs potentiels directs, on retrouve pêle-mêle : le Ministère de la Culture, le Centre national de la Cinématographie, la Direction du Développement des Médias, la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques), la Sacem (Société des Auteurs et Compositeurs Multimédias, la SCPP (Société Civile des Producteurs Phonographiques) ou encore la SPPF (Société Civile des Producteurs de Phonogrammes en France). Mais au-delà de ces subventions directes, il existe d’autres structures destinées à faciliter l’empreint de financements aux banques généralement récalcitrantes à investir dans des projets culturels réputés pour être des gouffres financiers sans fond. Ainsi, l’Institut pour le financement du Cinéma et des Industries Culturelles, établissement de crédit agréé, a été missionné par le Ministère de la Culture et le Ministère de l’Economie et des Finances pour contribuer au développement des industries culturelles. Ils constituent des fonds de garanties destinés aux banques acceptant de financer de tels projets. Et le CNC (Centre National du Cinéma et de l’Image Animée) dans tout ça ? Cela fait déjà quatre ans que, non content d’être le maître juridique incontesté chargé de la réglementation du cinéma, il a pris part au projet de l'ACSÉ (Agence Nationale pour la Cohésion sociale et l’Egalité des chances) pour subvenir aux besoins de jeunes réalisateurs, grâce à la création d’une commission Images de la diversité chargée d’attribuer des aides aux productions axées sur la promotion de la diversité. Le reflet d’un multiculturalisme cinématographique bien français.
Finalement, le festival de Cannes est resté ce qu’il a toujours été : un festival élitiste mais qui marque par son palmarès chaque année différent et surtout inattendu. Panel international du cinéma dans son ensemble, il n’en reste pas moins le plus glorieux et le plus prestigieux. Pourtant, il ne saurait être ce qu’il est sans la présence parsemée d’autres festivals cinématographiques aux enjeux clairement définis et à la programmation moins évidente, ainsi qu’aux subventions accordées pour encourager de jeunes réalisateurs prolixes et les lancer coûte que coûte dans le monde impitoyable du 7ème art.
Emilie PETIT