Dossier
Le 27 avril en Afrique du Sud : Jour de la liberté
L’Afrique du Sud, telle que nous la connaissons aujourd’hui, est le résultat de multiples péripéties qui se sont jouées pendant des siècles pour la façonner. Jusqu’à ce jour mémorable du 27 avril 1994, « jour de la liberté », qui marque les prémices de valeurs démocratiques avec les premières élections multiraciales de l’histoire du pays.
Une idée moderne pour une histoire ancienne
1453, prise de Constantinople par les Ottomans. Date clé pour beaucoup d'historiens qui la considèrent comme la fin du Moyen-âge et le début de la Renaissance, plus encore que 1492 avec Christophe Colomb. Constantinople (ex-Byzance, future Istanbul) constituait non seulement un rempart pour l'Europe contre les invasions arabes, mais aussi une plaque tournante des échanges commerciaux, notamment pour les épices, entre l'Orient et l'Occident. A ce titre, le Portugal, nation maritime dominante à l'époque en Europe, cherchait alors à contourner le continent africain pour établir une nouvelle route de la soie avec les Indes. Bartolomeu Dias parvientdra jusqu'au cap de Bonne-Espérance actuel en 1488, mais devra faire demi-tour. Vasco de Gama, quant à lui, réussira à établir la liaison en 1497. Dès lors, nombre de bateaux portugais l'emprunteront, avec à leurs bords parfois, quelques espions hollandais. 
Un siècle plus tard, la Hollande devient la nouvelle nation dominant les océans. En 1602, elle crée la fameuse Compagnie néerlandaise des Indes orientale, sorte de multinationale avant l'heure. La capitale des Indes néerlandaises est alors Batavia (Indonésie actuelle), suite à la destruction de Jakarta. Mais la Hollande a besoin d'une escale technique pour se rendre jusqu'à Batavia : c'est le début de la future Afrique du Sud.
Des premiers colons afrikaners jusqu'au combat de l'ANC (African National Congress) contre l'apartheid, l'histoire de l'Afrique du Sud nous est retracée en trois volets par Jean-Marie Verdavaine aux micros de PASTEL FM en octobre 1993, avec quelques détails "plutôt cocasses", comme l'expression "nation arc en ciel" datant de près de trois siècles, aux origines et aux utilisations innatendues :
Extrait : L'Afrique du Sud : histoire et actualité
inconnu - Pastel FM (1993)
L'apartheid : entrée dans une longue nuit
Le régime raciste de l'apartheid fut officiellement mis en place en 1948 par le Parti National, l'expression politique du nationalisme afrikaner. A ses débuts, il prônait une politique de «développement séparé» des races. En réalité, avant d'être «développement», l'apartheid était avant tout «séparation», une séparation imposée par une minorité blanche et dans son propre intérêt, principalement politique et économique. Pour ce faire, il était doté d'un appareil de répression policière particulièrement effrayant.
Jusqu'aux années 80, le système apparaît inébranlable. Mais il finit pourtant par tomber sous les coups de boutoirs internes (lutte armée à partir de 1966 de l'ANC et ses alliés) et de pressions externes (sanctions et exclusion des organisations internationales). Une négociation s'engage alors à partir de 1990 autour du couple ANC-Parti National, dirigé par Frederik De Klerk. Ce dernier abroge toutes les lois d'apartheid en 1991. Deux ans plus tard est instituée une constitution provisoire, offrant une alternative institutionnelle à l'apartheid. Nelson Mandela, ayant passé 27 ans en prison, reste évidemment LA figure du combat contre l'apartheid. Mais pas seulement. Il ne faut pas oublier qu'il a également sauvé l'Afrique du Sud d'une guerre civile. Car dans ce début des années 90, la situation est tendue : l'ANC domine, mais les Zoulous et leur mouvement, Inkatha, veulent aussi avoir voix au chapitre, face à toute une partie d'Afrikaners d'extrême droite, tenants absolutistes de l’apartheid. Le pays connaît alors des violences incroyables entre 1990 et 1994. Mais "Madiba" tient bon. Les propos de Mickaël M'Sizi, représentant de l'ANC à Paris, pour Pastel FM, témoignent de ces tensions extrêmes à quelques mois des fameuses premières élections multiraciales du 27 avril 1994 :
Extrait : L'Afrique du Sud : histoire et actualité
inconnu - Pastel FM (1993)
L'après-apartheid : vers la fin des illusions ?
Aujourd'hui, l'Afrique du Sud n'est rien de moins que la première puissance du continent, avec 40% de son industrie, et ¼ de son PIB. Sixième producteur agricole mondial, il possède en outre un sous-sol extrêmement riche. Il est le seul membre africain du G20. Dans quelques mois, il accueillera un événement planétaire : la Coupe du monde de football. Depuis 1994, avec la promulgation du BBE (Black Economic Empowerment) qui privilégie le salariat et l'investissement noirs dans les entreprises publiques et privées, une élite et une classe moyenne économique noires ont vu le jour. Après 400 ans de racisme et de discrimination, cela relève du "miracle sud-africain". André Brink , écrivain, auteur notamment de «Une saison blanche et sèche» publié en 1980 et immédiatement interdit en Afrique du Sud, témoigne dans une émission de Théogène Karabayinga de 2004 pour RFI. Pour lui, ce "miracle" se trouve ailleurs :
Extrait : Rencontre avec André Brink
Théogène Karabayinga - RFI (2004)
Après quinze ans de célébrations du "jour de la liberté", il faut se rendre à l'évidence : le "miracle sud-africain" connaît bien des ratés. L'assassinat, le 3 avril 2010, d'Eugène Terre'Blanche, leader du Mouvement de résistance afrikaner (AWB) par deux ouvriers agricoles noirs dans des circonstances encore troubles jusqu'à présent, n'a fait que raviver les tensions inter-raciales loin d'avoir disparu avec la fin de l'apartheid. Sur 50 millions d'habitants, 20 millions d'entre eux vivent en marge du "miracle", avec deux euros par jour. Le chômage est de 5% chez les Blancs, contre 30% chez les Noirs. Le pays ne connaît ni allocation chômage, ni revenu minimum d'existence.
L'éducation, surtout pour les Noirs, est un échec. L'insécurité est permanente, avec des chiffres qui sont du même ordre que ceux de l'Irak ou de l'Afghanistan. Avec le BBE, certains ne doivent leur statut social qu'aux quotas, et non à leur compétence. L'ANC est de fait contesté. On accuse ses membres de corruption, ne s'occupant que de leurs propres intérêts, et de fonctionner tel un parti unique. Les ghettos se révoltent ponctuellement. Beaucoup se détournent de l'ANC pour agir sur le terrain dans ce pays qui figure parmi les plus inégalitaires au monde. L'apartheid racial (de couleur) est devenu un apartheid social (de classe) et les militants politiques d'hier sont désormais des chefs d'entreprise. Cet «ordinaire» de vie cher à André Brink aurait donc son corollaire, une sorte d'«ordinaire» historique, qui fait que l'Afrique du Sud ne serait plus qu'un pays...ordinaire.
Extrait : Rencontre avec André Brink
Théogène Karabayinga - RFI (2004)
Alors, entre une vision pessimiste, qui voit en l'addition des inégalités et de la pauvreté un cocktail explosif, et celle plus optimiste, qui rappelle que l'Afrique du Sud est un pays extrêmement jeune - à peine quinze ans d'existence - l'avenir reste incertain.
Rencontre avec André Brink
Arn'O