Dossier
L’Europe contre la pauvreté et l’exclusion
Un combat de tous les jours
Campagnes de sensibilisation, ateliers, séminaires, expositions et conférences : cette année européenne de lutte contre
la pauvreté et l’exclusion est riche en évènements. Sous la houlette de la Direction générale de l’action sociale (DGAS), chargée du pilotage stratégique de l’année de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, en étroite collaboration avec la Délégation à l’information et à la communication (DICOM), les objectifs de cette campagne de sensibilisation sont clairs : reconnaissance des droits, responsabilité partagée et participation, cohésion, engagement et action concrète au niveau national, régional et local. Mais en quoi cela va-t-il permettre de développer les actions sociales qui préexistent à cette année spéciale ? En effet, chaque année, des organismes de lutte contre la pauvreté et l’exclusion mettent en place des manifestations pour combattre la précarité, et favoriser la cohésion sociale et le volontarisme. C’est le cas des Restos du cœur ou encore de la Croix Rouge qui, en fonction de périodes bien déterminées et de leurs moyens souvent restreints, mènent un travail quotidien d’aide sociale et d’insertion pour une catégorie de population marginale et souvent désœuvrée.
Extrait - La lutte contre la misère
Radio Calade - Sandrine Boucher (1995)
Mise en pratique
Cette année 2010 laisse donc la place aux initiatives locales de petites structures souvent ignorées des hautes instances, et donc financièrement délaissées. Ainsi, plusieurs projets en bernes ont pu voir le jour depuis le 18 février dernier, date de lancement de cette année de lutte contre la pauvreté et l’exclusion. Dès 2009, des appels à projet ont été lancés par le comité de pilotage qui a, pour cela, fait appel aux préfets de régions, pour mobiliser les partenaires territoriaux. En clair, toute mise en exergue des réalités locales concernant l’exclusion sociale et la pauvreté, et les moyens mis en œuvre pour y remédier, pouvaient être présentés, pour ensuite être éventuellement financés, mais surtout portés à la connaissance de tous. Trois critères ont ainsi été mis en avant : la gouvernance territoriale, les parcours d’insertion, et la citoyenneté. Mais si l’on considère que 17% d’européens ne peuvent subvenir à leurs besoins, il apparaît bien difficile de lutter contre un phénomène intemporel, de manière si épisodique. Comment sensibiliser les acteurs locaux et les citoyens, aux réalités quotidiennes de cette pauvreté en nette augmentation ?
Que le spectacle commence !
Le domaine culturel a toujours été un bon moyen de faire passer des messages, si dérangeant soient-ils. Cinéma, cirque, fêtes et spectacles, voilà comment les structures locales ont tenté de rendre compte d’une réalité bien présente. Et l’agenda parle de lui-même : le 9 mai avait lieu la journée de l’Europe, suivie de deux séminaires, l’un à Rennes sur le thème « Parcours d’insertion – les clés de la réussite », l’autre à Marseille sur la « citoyenneté – de l’accès à l’exercice des droits ». En parallèle, un concours de court-métrage a été ouvert, porté par le ministère de la Jeunesse et des Solidarités actives, dans le but de sensibiliser la jeune génération au respect des droits fondamentaux, pour leur faire prendre conscience des valeurs de solidarité, et mieux comprendre les ressorts de l’exclusion sociale, tout en donnant leur chance aux graines de cinéastes.
Extrait - Exclus, exclusion
Radio M - Anne Soubeyrand (2002)
Un bilan mitigé
Des solutions, pourtant déjà existantes, ont également été remises au goût du jour. C’est le cas du microcrédit, mode de
financement des projets d’auto-entreprenariat, qui a été la star d’une semaine entière dédiée à ce « nouveau » système encore mal connu. L’occasion pour l’ADIE (Association pour le Droit à l’Initiative Economique) de mettre en avant ce système financier qui a permis à plus de 44 000 entreprises de voir le jour, depuis sa mise en place en 1989. Destiné aux personnes exclues du marché du travail et du système bancaire, pourquoi cette alternative a-t-elle mis autant de temps à sortir de l’ombre ? « L’ADIE s’est beaucoup développée au cours de ces dix dernières années, mais nous ne restons qu’une association, et généralement les personnes qui viennent nous voir pour un microcrédit, ont entendu parler de nous via du bouche à oreille. Le microcrédit est une branche de la microfinance, que nous souhaitons développer à plus long terme. Mais le système bancaire et la conjoncture actuels ne nous permettent pas de mettre en œuvre notre projet pour l’instant », explique Xavier Fabre, directeur régional de la ADIE de la région Centre. Un capitalisme toujours très présent, qui n’est pas pour favoriser les plus démunis. L’Union Européenne a donc encore bien du travail devant elle pour réussir à réduire, ne serait-ce que d’un quart, les 17% d’européens aux conditions de vies précaires.
Emilie PETIT