Dossier
Haïti : Un nouveau souffle pour la démocratie ?
Dictatures et rébellions
Depuis la construction historique de son indépendance, Haïti a toujours pâti d’une politique dictatoriale violente face à un peuple malgré tout insoumis et contestataire. L’indépendance du pays d’Haïti est donc officialisée et reconnue par Charles X, alors que l’île est sous le joug de l’Etat français, le 11 juillet 1825, sous condition du versement d’une indemnité de 150 millions de francs-or, ramenée en 1838 à 90 millions de francs. Des débuts chaotiques qui endettent gravement un pays alors en pleine construction, notamment politique et sociale. Jean-Pierre Boyer, président depuis 1822, quitte le navire en 1844. Un départ qui marque le début d’une succession de coups d’état remettant systématiquement en cause le pouvoir en place. Contestataires les haïtiens ? Le fait est qu’Haïti, bien avant le rachat de sa liberté, est déclaré indépendant et s’émancipe de Napoléon Bonaparte en 1804, suite à la révolte des esclaves de Saint-Domingue, pour devenir, à ce titre, le premier pays issu de l’abolition de l’esclavage. L’Etat d’Haïti naît donc dans le sang et l’amertume, et pendant plus d’un siècle et demi, l’île sera bombardée de retournements politiques et de coups d’état sanglants. La fin du XIXe siècle est marquée par la fuite du despote alors en place Faustin Soulouque, dit Faustin 1er, suite à un soulèvement populaire en 1859. Le combat pour une véritable démocratie se fera tout au long du XXe siècle alors même que trois dictateurs se partageront simultanément un pouvoir sécuritaire et autoritaire dit « de terreur ». La famille Duvalier assoit tout d’abord son autorité en 1957. Une dictature qui sera notamment marquée par les « vêpres Jérémiennes » en 1964, massacre de la population civile de la ville de Jérémie. Ce n’est qu’à partir de 1990, lors de l’élection à la présidence de l’ancien prêtre Jean-Bertrand Aristide, qu’une démocratie se réinstalle peu à peu. Une rémission de courte durée puisque Aristide sera démis de ses fonctions un an plus tard par Raoul Cédras, lui-même soutenu par les Etats-Unis. Finalement, Aristide reprendra son mandat en cours en 1994 et l’armée jugée responsable de l’instabilité politique sera démantelée. René Préval prendra la succession d’Aristide en 1995 jusqu’à son retour en 2000. Un nouveau coup d’Etat le destituera de la présidence en 2004 et c’est Préval qui reprendra le flambeau en 2006 malgré une suspicion de trafic des votes.
Extrait : Jean-Pierre Giordani, urbaniste haïtien
Radio Zinzine - Alex Robin (2010)
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Un nouveau coup d’Etat d’origine naturelle
Alors qu’Haïti nage dans les eaux sombres d’un gouvernement vénal et instable, l’île est frappée par le séisme le plus
important et meurtrier de son histoire, le 12 janvier 2010. Un tremblement de terre de magnitude 7 sur l’échelle de Richter frappe principalement la capitale Port-au-Prince et rase de quelques hectares tous les bâtiments alentours, notamment le Palais National dont René Préval ainsi que son Premier ministre réchapperont in-extremis. Bilan : 222 500 morts, 300 000 blessés et 1 000 000 de sans-abri. Des chiffres qui s’alourdissent démesurément au fur et à mesure de la reconstruction toute entière du pays. Au bout de trois jours, l’état d’urgence est déclaré. Un nuage de poussière fait son apparition suite à l’effondrement de plusieurs établissements publiques qui laisse présager des destructions mobilières massives du fait de la pauvreté du pays et donc de ses constructions. Parallèlement à Port-au-Prince, la ville de Carrefour est détruite à 40% et celle de Léogâne à 90%. Un seul hôpital est opérationnel pour accueillir les blessés et prendre en charge les quelques quatre millions d’habitants d’Haïti. Quelques jours après le séisme et ses multiples répliques –environ une dizaine – Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations Unies, présageait que près de trois millions de personnes seraient sinistrées. Un chiffre inexact à peu de choses près. La population mondiale s’émeut très rapidement du sort des haïtiens et l’unique aéroport de Port-au-Prince encore praticable se retrouve submergé par des avions gros porteurs venus offrir des vivres et de l’eau potable aux sinistrés. Quatre jours après le séisme, des départs en catastrophes massifs sont observés et des boat-people parcours près de 900km pour rejoindre les bords de la Floride. L’accumulation des corps inhumés des décombres pose également problème. Bien que les risques sanitaires soient moindres, la promiscuité des morts et des rescapés restent insoutenable et malgré de vives oppositions de la part des traditionnalistes haïtiens, décision est prise de mettre les corps dans des fausses communes. Après avoir décidé, quelques semaines plus tard, d’abandonner les recherches d’éventuels rescapés, place à la reconstruction. Mais la réhabilitation totale d’un pays, si petit soit-il, ne se fait pas en une nuit. Le président de l’époque René Préval a estimé qu’il faudrait au minimum une dizaine d’années pour reconstruire le pays, et environ 8 à 14 milliards de dollars pour la seule restructuration de Port-au-Prince.
Extrait : Urgence Haïti
Radio Amitié - Abdelkader Baroudi (2010)
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Après la reconstruction matérielle, une nouvelle démocratie ?
En octobre 2010, une nouvelle catastrophe vient frapper l’île d’Hispaniola : une épidémie de choléra décime les survivants du séisme regroupés dans des camps de fortune. Au total, 200 victimes de la maladie sont répertoriées sur 1500 cas. Un ouragan passant très près des côtes haïtiennes aggrave cette épidémie et l’on prévoit plus de 800 000 cas de choléra d’ici fin 2011. 4749 cas de morts liées au choléra ont actuellement été recensés selon un rapport du Ministère haïtien de la Santé, publié en mars 2011. Le pays reste bien seul face à la multiplication de fléaux tant naturels qu’humains. Le séisme de janvier 2010, qui vient s’ajouter à la triste histoire politique du pays, et bien que la communauté mondiale ait participée et participe encore à sa reconstruction, n’a fait qu’isoler un peu plus le peuple haïtien des échanges économiques mondiaux, le pays n’ayant reçu aucune aide de la Banque mondiale et de la Banque Inter-Américaine de Développement depuis plusieurs années. A l’aube du XXIe siècle, gageons que l’élection récente du chanteur populaire Michel Martelly puisse enfin permettre la reddition d’un peuple mondialement en marge. En effet, le 4 avril 2011, les résultats préliminaires des élections présidentielles ont été prononcés : Sweet Micky, alias Michel Martelly, connut pour être le porte flambeau du Compas, style de musique typique d’Haïti, est élu chef de l’Etat avec 67,5% des voix. Pourtant, bien que la population haïtienne ait fêté dignement cette victoire dans les rues de la capitale, les affinités du nouveau chef d’Etat avec l’ancien dictateur Jean-Claude Duvalier laisse présager une démocratie en demi-teinte. L’ex-chanteur populaire a également du mal à installer sa légitimité, le taux d’abstention ayant atteint des records. Mais le plus dur reste à faire pour Michel Martelly ainsi que pour le peuple qu’il s’apprête à conduire. Respectera-t-il tous les points de son programme ? Le nouveau chef d’Etat souhaite un profond changement vers un Etat de droit. Avec 800 000 personnes vivant encore dans des camps de réfugiés et un taux de chômage record, tout reste encore à faire…
Extrait : Haïti : le rêve confisqué
Radio M - Inconnu (1995)
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Emilie PETIT