Dossier
Foot et immigration à la Cité
Ballon, folk et politique
« Peopolisation » positive
Football : sport d’équipe (d’abord appelé football association) opposant deux équipes de onze joueurs, où il faut faire pénétrer un ballon rond dans les buts adverses, sans le toucher de la main, ni du bras. Cette définition du Petit Robert de la langue française laisse perplexe. En effet, comment un sport à priori si rudimentaire peut-il créer autant d’émulation ? La CNHI a décidé, en amont du lancement de la coupe du monde de football 2010, de mettre en exergue les différents parcours de ces joueurs esthètes portés aux nus, représentant cette multiracialité d’un sport tout aussi populaire qu’élitiste. Une manière de rendre hommage à une intégration par le sport.
Pour bien comprendre et cerner les enjeux d’un sport tel que le football, il est nécessaire de remonter quelques siècles en arrière.
Epoque médiévale, des jeunes dans une cour de récréation. Ils jouent à la soule, jeu de pieds avec une balle ronde. Ils ne savent pas encore que ce jeu auquel ils s’adonnent régulièrement deviendra un sport internationalement reconnu et acclamé. L’ancêtre du foot se pratiquait, déjà à l’époque, dans les écoles et les universités, aussi bien en Angleterre, sa nation d’origine, qu’en France, sa nation d’adoption. Les anglais rebaptiseront d’ailleurs la soule, le folk football (football du peuple).
Mais en quoi le football est-il synonyme d’intégration ? Est-il indéniablement lié à l’immigration ? Lorsque l’on se rend dans un stade, que ce soit le stade de France ou celui plus intimiste du quartier d’à côté, l’ambiance et l’atmosphère ne peuvent nous y tromper. Cris, chants patriotiques, acclamations, huées, parfois pleurs, tout y est. Et tout le monde. Alors, le football, sport d’intégration ? L’avis du journal l’Equipe au lendemain de la victoire de l’équipe de France lors de la coupe du monde de football 1998, est clair et concis. Sous le titre « L’heure de gloire », il présentait l’exploit des bleus ainsi : « la victoire de l’équipe de France est un acte de foi national aux symboles merveilleux. Zidane le beur, Deschamps et Lizarazu les basques, Desailly et Vieira les africains, Thuram l’antillais, Djorkaeff le kalmouk, Boghossian l’arménien, Guivarc’h le breton, Karembeu le kanak, Dugarry le girondin, Blanc le cévenol, Jacquet l’ouvrier rhône-alpin, Petit le normand, Barthez l’ariégeois, ont uni leurs destins pour la grandeur d’un pays dont ils sont tous les mêmes enfants de grande volonté, fruits délicieux d’une histoire sanglante, douloureuse, taquine parfois, ancienne ou récente, mais au bout du compte unificatrice, pacificatrice, intégratrice. » Edifiant.
Extrait : Des noirs en couleur
Bruno Reguet - Canal Sambre (2008)
Une popularité populaire
Xavier Béal, chercheur à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, a tenté de confront
er histoire française de l’immigration et histoire du football. Il affirme ainsi qu’aux trois plus grands symboles footballistiques français, Raymond Kopa, Michel Platini et Zinedine Zidane, correspondent les trois grandes vagues d’immigrations polonaises, italiennes et maghrébines. Sans affirmer avec force et autorité que ce raisonnement sonne plutôt juste, il apparaît effectivement que le football, a contrario du tennis, du golf ou encore du basketball plus élitistes, reste un sport aux connotations symboliques d’intégration fortes.
Car c’est bien ce qu’est le football. Le jeu du peuple. Un jeu populaire aux règles simples que chacun peut s’approprier. Et c’est en tant que tel qu’il est l’un des premiers à toucher les jeunes dans la cour de récréation. Garçons ou filles, peut importe. Tout le monde, sans différenciation de sexe ou de couleur, a, ne serait-ce qu’une fois, taper dans le ballon. Et c’est bien là sa force. Il devient ainsi un moyen de transmettre des valeurs à de jeunes générations en demande d’un certain cadre. Le partage, l’équité, le respect de soi et d’autrui, la différence comme force, le rassemblement et la rigueur. Les associations s’en emparent à des fins humanitaires, culturelles ou encore éducatives. Les médias s’en servent pour véhiculer la France comme LE pays multiculturel par excellence, et les professeurs l’utilisent pour intéresser leurs jeunes élèves à des domaines moins attractifs comme la physique ou encore l’Histoire et la géographie. Il est partout.
Extrait : L'éducation par le foot
Bernard Dautant - RCT (2006)
Des fautes et des penalties
Le football est également un instrument politique de haute envergure puisque justement populaire. Et qui dit politique, dit complications. Les hommes de pouvoir ont bien compris son importance et son impact, et ce, depuis bien longtemps déjà. Mussolini avait bien saisie l’importance de ce sport et promu l’équipe de foot d’Italie au rang de « soldat de la cause nationale ». Le nationalisme sous toutes ses formes fait ainsi main mise sur un sport qu’il sait populaire, et donc proche du peuple et des citoyens qu’il souhaite atteindre. Le football va donc être utilisé comme une arme puissante de propagande par le FLN (Front de Libération Nationale) pendant la guerre d’Algérie.
Mais le football n’est pas que propagande et dérives politiques négatives. Il peut parfois rapprocher deux nations conflictuelles, comme ce fut le cas lors des sélections pour la Coupe du Monde 2010. L’Arménie et la Turquie ont alors accompagné leur match de sélection d’un rapprochement diplomatique, suivi par la signature d’un accord historique entre les deux nations.
Entre les Ultras, supporters particuliers qui soutiennent coûte que coûte leur équipe, de manière parfois extrême, les affaires d’argent telle que l’affaire Tapie qui a fait couler beaucoup d’encre, les affaires de dopage inévitables, et les affaires dérivées du football comme récemment l’affaire Ribéry, les médias ainsi que les fans inconditionnels mettent le football sur un piédestal, champion toute catégorie des pipos ou autres scandales dont la FFF (Fédération Française de Football) a bien du mal à se départir. Sans parler du trafic de jeunes africains, que des chasseurs de têtes mal intentionnés promettent à un brillant avenir de joueur professionnel dans une équipe de foot nationale, tirer de leur pays natal, et qui se retrouvent à errer dans les rues de Paris ou Bruxelles, sans un sou en poche, avec pour seul compagnon leur ballon rond.
Finalement, le football est bel et bien un facteur à la fois d’intégration, de réussite sociale, porteur de valeurs patriotiques, qui rassemble, mais aussi un milieu qui ne pardonne pas la moindre erreur et qui, malgré ses origines populaires, est devenu un incontournable de la scène politique internationale.
C’est pourquoi la CNHI a voulu lui rendre hommage en revenant pour ses visiteurs sur l’origine même de ce sport, la création des premiers clubs français et donc des premiers migrants pour la majorité anglais, au sein de la première équipe nationale. L’exposition aborde également les parcours de plusieurs joueurs étrangers et retrace l’immigration française de manière presque exhaustive autour des joueurs les plus célébrées et reconnus. En somme, une mise en perspective des apports positifs de l’immigration en France, pour le plaisir des yeux et surtout du sport…
Emilie PETIT