Dossier
En 2011, 30 ans de radio libre : Et après ?
Radios libres : L’heure de la révolution a sonné…
Suite aux affres de la seconde Guerre Mondiale, 1950 marque la réhabilitation du monopole de l’État sur la télévision et la radiodiffusion, pour palier à une émergence massive de radios indépendantes et commerciales non contrôlée. Cet omniprésence de l’État dans les médias français donne libre court à un mouvement contestataire. Plusieurs radios dites « indépendantes » tentent ainsi de prendre leur envol en émettant depuis l’étranger : Radio Luxembourg, devenue RTL, émet depuis le Luxembourg et Europe N°1, devenue Europe 1, émet depuis l’Allemagne. Mais ces radios « périphériques » ne prennent toutefois pas part au mouvement des radios libres, car elles affichent d’emblée une ambition purement commerciale. Il faut attendre le début des années 1970 et les retombées du mouvement de Mai 68 pour voir apparaître dans l’hexagone, une multitude de radios « pirates » qui prennent leurs quartiers dans de petits appartements ou sur les hauteurs des agglomérations. Cette prolifération de radios clandestines prend son essor grâce au matériel de diffusion dont le coût devient plus accessible. Une véritable révolution radiophonique s’organise. La revue Interférences coordonne les différents groupes militants contre le monopole de l’État et la fermeture des ondes.
Alors que gronde la rumeur, Antoine Lefébure, historien des médias, créateur de la revue Interférences et auteur de l’ouvrage « le monopole des Télécommunications en France », est le premier à lancer ouvertement sa station de radio, Radio Verte, en 1977. Le gouvernement ne tarde pas à réagir et brouille de facto les ondes émettrices de Radio Verte, sans oublier d’inculper au passage son instigateur. Mais il est trop tard pour étouffer l’affaire. Le mouvement des radios libres est déjà largement relayé dans les medias qui en font leur apologie. Antoine Lefébure ne s’arrête donc pas là et profite de cet engouement pour la liberté d’expression radiophonique, pour créer l’Association pour la Libération des Ondes (ALO) dans le but de lutter contre les inculpations de ses confrères, les saisies de matériel et le brouillage des ondes. De son côté, Félix Guattari, psychanaliste et philosophe français, quitte l’ALO et décide de fonder la Fédération Nationale des Radios Libres (FNRL) contre le marchandage publicitaire des contenus éditoriaux radiophoniques.
Extrait : Les radios associatives - radios locales
Inconnu - RFI (1995)
extrait1-rfi-s0221b-3.mp3
Une liberté officielle surveillée
Ce n’est qu’en 1981 que, suite à l’élection présidentielle de François Mitterrand, le nouveau Présid
ent en place décide de promulger de la liberté des ondes. Jusque-là sous le monopole de l’État, la radiodiffusion voit, avec l’élection du Président Mitterrand, un nouvel avènement. Pourtant, le brouillage par Télédiffusion de France (TDF) persiste ici et là, et signe l’arrêt de mort de quelques irréductibles radios libres. Mais les premières radios libres à émettre légalement se voient imposer des règles strictes : puissance d’émission limitée et ressources publicitaires interdites. Les radios officieuses continuent toutefois de proliférer et empiètent implacablement sur les ondes des radios officialisées et légales. A partir de 1982 donc, le gouvernement décide malgré lui de mettre de l’ordre dans cette cacophonie radiophonique. Plusieurs petites stations FM disparaissent et les radios chanceuses sont officialisées et placées sous la tutelle de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle, nommée par la suite Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA).
La radio libre telle qu’elle était revendiquée à ses débuts devient donc un véritable marché commercial au détriment d’une ligne éditoriale indépendante et libre de toute contrainte. « La fin des années 90 a montré que la politique n’est jamais loin. Dans les années 80, il y avait de l’insouciance, car la radio pouvait fonctionner avec peu de moyens et des objecteurs de conscience assuraient le quotidien. Désormais, le CSA veille et la radio est tributaire du fonds de soutien, des partenariats, etc. Une radio, qu’elle soit associative ou non, doit être cadrée, avoir une grille structurée et miser sur des projets pour survivre et maintenir son activité », analyse Sébastien, bénévole depuis quelques années déjà au sein de la radio associative Radio Dijon Campus. Survivre… Mission au combien difficile au vue des règlementations mises en place par la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle à l’époque et du CSA maintenant. Quotas de programme francophones imposé, respect des normes techniques, pluralité des contenus et concurrence équitable légifèrent désormais le paysage radiophonique français.
Extrait : Les radios assoiatives et leur avenir
Daouda Coulibaly - Radio Rencontre (1999)
extrait2-rencontre-s1205a-2.mp3
Radios associatives, radios libres : Un avenir incertain ?
Suite à la mise en place, au cours du premier mandat de François Mitterrand, d’une législation concernant la radiodiffusion, le CSA a choisi de légaliser les radios locales en les regroupant sous un réseau de radios indépendantes. Et ce pour contrebalancer l’entrée dans l’arène des grands groupes de communication qui prennent le marché d’assaut, tels que NRJ ou Fun Radio. La richesse radiophonique se fait donc plus éparse et plus rare. Mais quelques irréductibles radios locales tentent malgré tout de survivre avec des fonds de plus en plus retreints : « Une petite radio associative ne peut pas rivaliser avec un grand groupe. Pourtant, je me fais moins de soucis pour l’avenir de la radio qui a su s’adapter à son temps avec notamment le système des podcasts, que pour la télévision », précise Sébastien. Pour cet amoureux de la bande FM, « il serait dommage que les radios associatives viennent à disparaître car c’est la diversité culturelle qui disparaitrait avec elle ».
Alors, quel avenir pour la radio, et surtout pour les radios associatives qui sont actuellement de plus en plus étranglées par un marché implacable où les bénéfices prennent le pas sur la qualité ? Stéphane, ancien technicien dans une radio locale pendant près de 20 ans, n’est quant à lui pas inquiet pour leur avenir : « Je pense que la radio, qui plus est associative, est un espace d’expression, de liberté, de rencontre et d’émulation privilégié. Qui plus est, le son est un outil formidable. Je crois que rien ne pourra la faire disparaître. Elle existait avant d’être légale et elle perdura, même dans l’illégalité ! D’ailleurs, lorsque l’on regarde les derniers chiffres publiés par la Société Civile des Auteurs Multimédia (SCAM), le nombre de programme produit par les radios indépendantes est supérieur à celui des grandes chaînes nationales ».
Et malgré le combat qui s’opère entre les petites radios indépendantes et les grands groupes concernant la mise en place éventuelle de la Radio Numérique Terrestre (RNT), rien n’est encore joué. Le rapport Kessler remis le 12 mai 2011 au gouvernement par David Kessler, directeur des Inrockuptibles et conseiller d'État, fait état de conditions économiques actuellement peu propice au passage de l’analogique au numérique. De plus, l’émergence des webradios et l’existence des podcasts remettent en cause l’intérêt de la mise en place de la RNT.
Enfin, une chose est sûre, la mission des radios libres perdura quoi qu’il advienne : faire découvrir la vie et l’actualité locale, ses acteurs culturels, ses musiciens, et surtout, donner à voir et faire rêver…
Extrait : Parole libre à Jean-Marc Ayrault
Stéphane Gravier - Agora FM (2010)
extrait3-agora-s3702c-2.mp3
Emilie PETIT