Dossier
CRAJEP 2010 : bilan du cycle « L’immigration » et nous
Une matinée chargée
Jeudi 6 mai 2010, 9h. Toute l’équipe de la CRAJEP IDF (Coordination régionale des associations de jeunesse et d’éducation populaire d’Ile de France) attend avec impatience les quelques vingtaine d’associations convoquées ce jour pour débattre et échanger, mais aussi et surtout pour faire un bilan des 7 dernières journées consacrées au cycle « L’immigration » et nous. Café, petits gâteaux, thé pour les plus frileux et jus d’orange les attendent dans la salle « déjeuner » prévue à cet effet. La CNHI (Cité Nationale de l’Histoire de l’immigration) a gracieusement prêté ses locaux à la CRAJEP IDF pour ces festivités. Marie Hatet, chargée de l’information et du développement du réseau de la CRAJEP IDF, fait le pied de grue à l’entrée de la grande salle dans laquelle sont prévus les débats de la matinée. Au programme : ouverture de la journée par Luc Gruson, Directeur Général de la CNHI et Nelly Lopez, Coordinatrice de la commission culture-éducation populaire de la CRAJEP IDF. S’ensuivront de multiples débats et discussions autour de la problématique « L’immigration est-elle un enjeu pour l’éducation populaire ? », ainsi qu’une table ronde sur « l’immigration » et nous. Mais pour l’heure, Marie Hatet rassemble ses troupes pour accueillir les participants. Tout doit être parfait.
10h45, le bureau s’installe. Dans la grande salle, qui peut contenir jusqu’à 100 personnes, un écran géant, avec un projecteur, a été aménagé en arrière plan d’une estrade sur laquelle se relais les acteurs et intervenants de la journée. C’est Nelly Lopez qui ouvre le bal et tente de faire écho aux problèmes quotidiens que rencontrent la plupart des structures associatives. Quelles valeurs souhaitent-on partager ? Luc Gruson prend le relais et nous explique la particularité de la CNHI : ils ne conservent aucunes collections mais souhaitent interagir avec les projets culturels du monde associatif. Les bases sont posées. Puis, Sylvie Rab, déléguée régionale de la CRAJEP IDF, fait un bilan succinct du cycle « L’immigration » et nous : un grand nombre de projets sur la mémoire de l’immigration ont été développés par les associations d’éducation populaire. Mais certains points doivent être traités et améliorés : construire un réseau entre le ministère de l’éducation, de la jeunesse et des sports, et élargir le réseau « Mémoire et Histoire en Ile de France » créé en mars 2010 avec l’Acsé et les associations, centré sur les questions d’Histoire et de mémoire. Il faut faire naître l’action collective et contribuer à la citoyenneté et à la fraternité. Vaste programme !
11h30, les intervenants se succèdent au micro : Renée Brochut, formatrice bénévole de La Clairière à Paris, Dominique Falcoz, dirctrice artistique du Théâtre de la nuit dans le 94, Constance Gozlan, chargée de mission politique de la ville à la mairie de Sevran (93), Souad Oggad, médiatrice sociale et culturelle d’Amisey à Poissy (78) et Françoise Tétard, historienne du Centre d’Histoire sociale du XXe siècle, partenaire du CRAJEP IDF. Autant de points de vue et d’expériences différentes qui alimentent les discussions et les échanges entre les associations, le public et les intervenants. Et ce n’est que le début.
Extrait : Education et citoyenneté
Jean-Noël Haensler - Couleurs FM (2000)
L’éducation populaire : plusieurs définitions, un seul et même combat
Vient le temps des interventions. Un écrivain en colère s’insurge contre l’éducation nationale et ses nouveaux procédés. Beaucoup d’artistes militent pour l’éducation populaire. Françoise Tétard tente d’exposer plusieurs principes du terme d’éducation populaire, dont une reste la plus fidèle, selon elle, aux principes évoquées ici : « ensemble de pratiques qui émanent du terrain, menées par des collectifs d’hommes et de femmes, et qui visent à rendre le citoyen éclairer, à développer son esprit critique, et lui permettre ainsi une promotion individuelle et/ou collective pour rentrer dans l’ascenseur social ».
Les échanges se poursuivent à travers de multiples débats, confrontations d’idées, projets, militantismes… pour laisser place à trois conteurs de la Maison du conte de Chevilly-Larue, Abbi Patrix co-directeur, Valérie Briffod et Jacques Combe, qui nous ont concocté un spectacle inhabituel. Chacun postés à un coin de la scène, ils se passent le micro et nous racontent, sur le registre particulier du conte, les histoires de vies de migrants qu’ils ont collectés. Ils nous expliquent leur démarche : aller à la rencontre de ces migrants anonymes pour transmettre, à leur manière, ces récits hors du commun, et nous faire réfléchir sur un système sociétal d’intégration français parfois bancal. Jacques Combe le sait mieux que personne : avant d’être conteur, il a lui-même été collecté par ses compagnons de scène…
12h30 : après l’émotion, place à la nourriture. Comme le dit si bien Abbi Patrix « ventre vide n’a pas d’oreilles ». Chacun échange avec ses confrères d’une journée, autour de petits canapés et spécialités maghrébines concoctés par l’équipe de la CNHI.
14h30, les festivités reprennent. Cette fois, c’est Florence Descamps, historienne à l’Ecole pratique des Hautes Etudes qui reprend la marche. Et si l’Histoire acceptait de devenir fille de la mémoire ? C’est cette question plus pragmatique qu’elle s’est posé, et qu’elle tente d’expliquer à un public concentré. Fini la sensiblerie, place à la technique plus terre à terre. Diversité de la restitution et de la valorisation de cette parole, techniques de transmissions et de communications. L’activité de constitution d’une collection ne serait-elle pas malgré tout une transformation de la mémoire ?
15h30, trois ateliers se mettent en place : Pourquoi mener des projets autour de la mémoire de l’immigration ? Comment mener des projets mémoriels ? Quels sont les effets produits par un projet mémoriel ? Chacun se greffe à un atelier, celui qui lui paraît le plus intéressant par rapport à ses démarches et projets, passés ou futurs. Le public est en effervescence, l’ambiance est à la camaraderie, mais le sérieux du sujet « immigration et éducation populaire » se fait sentir.
Extrait : Mémoires à partager
Caatherine Rouveyrol - Radio Grille Ouverte (2007)
Discussions, réactions, actions…
Finalement, après une heure de conversations de délibérations et de récits personnels, tout le monde se retrouve dans la grande salle pour faire état d’un certain nombre de conclusions tirés de ces différents échanges : lorsque que l’on veut mettre en place un projet mémoriel, il faut, en premier lieu se poser la question du pourquoi. Pourquoi ce projet ? Dans quel but ? Qu’allons-nous en tirer ? Il faut bien entendu apprivoiser les gens avec qui l’on souhaite travailler, et instaurer un échange. La coopération entre les artistes et les personnes du territoire concerné est indispensable. Il est important de restituer de la meilleure façon qu’il soit, la parole récoltée, à l’instar d’une démarche scientifique. Bien identifier l’initiateur et le porteur du projet, ne pas rester seul, le partager, et privilégier la qualité à la quantité. Autant de conseils et de méthodes dont les acteurs associatifs prennent bonne note. Une dialectique précise prend forme.
17h00. Nelly Lopez, aux côtés de Iréne Péquerul, Présidente de la CRAJEP IDF, ferment le bal en souhaitant bonne
chance à chacun dans leurs démarches et projets, et souhaitent organiser prochainement de nouveaux ateliers. Tout le monde repart chez soi, des idées et des projets plein la tête. Certains se sont même promis de monter ces projets mémoriels ensemble, alors qu’à 9h ce matin, ils ne se connaissaient pas encore. Cette journée bilan de la CRAJEP IDF a finalement plutôt bien fonctionné. Nelly Lopez repart, le sourire aux lèvres, aux côtés d’Agnès Roth, directrice du réseau et des partenariats à la CNHI, qui a suivi cette journée d’un œil consciencieux, et se dit qu’elle réitèrera l’expérience.
Emilie PETIT