Dossier
Avril 2010 : un mois de commémorations historiques
Un génocide contemporain
Tout le monde co
nnaît les récits historiques sur l’extermination de la communauté juive pendant la seconde guerre-mondiale. Holocauste, génocide, crime contre l’humanité, judéocide, crime de masse, etc. Autant de qualificatifs nés de la cruauté humaine. Un terme a même été créé pour désigner ces actes de barbarie perpétrés sous le régime tyrannique nazi : la Shoah. Et pourtant, elle ne désigne « que » les actes exécutés à l’encontre de la communauté juive. Ainsi a-t-on tendance à oublier que les handicapés mentaux, les homosexuels mais aussi les Tziganes ont subis les atrocités des sbires d’Hitler. Une barbarie bien de notre temps. En effet, alors même que l’on croyait les populations d’Europe plus « évoluées » que certaines tribus d’Amérique latine ou d’Afrique, pensée dûe à l’héritage colonial encore très vif à cette époque, voilà qu’elles se rendent coupables de crimes encore plus atroces que ceux qu’elles attribuaient à ces « sauvages » ! Une manière d’occulter la nature profonde de l’Homme prédateur, comme le dépeint assez justement la philosophe, « professeur de théorie politique », Hannah Arendt, dans son ouvrage sur le procès Eichmann intitulé Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal. Elle essaye ainsi d’expliquer comment des horreurs telles que celles des camps de concentration, ont été possible.
Extrait : L'industrie de l'Holocauste
Nicolas Furet - Radio Zinzine (2001)
zinzine-s1643c2-extrait1.mp3
Une culpabil ité intemporelle
Une partie de cet « holocauste », terme biblique désignant un sacrifice humain, a tout d’abord été nié. N’y voyons là qu’une réaction somme toute humaine : qui voudrait croire que l’Homme dans toute sa grandeur, ait été capable d’actes si primaires sur ses semblables ? La loi du silence, voilà la première règle qui fût établie. Et qui a bien vite laissé place à de multiples procès pour crimes de guerre, crimes contre la paix, crimes contre l’humanité et complots. S’ensuivirent moult lois afin que les générations futures appréhendent ce pan d’histoire avec plus de distance. Peine perdue. Les crimes contre l’humanité perdurent. A titre d’exemple, les génocides d’ex-Yougoslavie et du Rwanda. Et la culpabilité est toujours là. Elle se transmet, ainsi que ce devoir de mémoire rédempteur, de génération en génération tel un fardeau. L’historien Tony Judt analyse d’ailleurs très bien ce phénomène dans son ouvrage Après-guerre. Une histoire de l’Europe depuis 1945 : « nier ou rabaisser la Shoah, c’est s’exclure soi-même du champ du discours public civilisé. […]. Sa mémoire est devenue la définition et la garantie même de l’humanité restaurée du continent. »
Extrait :L’antisémitisme en France
Yahia Belaskri - RFI (2002)
Une « occasion » politico-culturelle
Cette mémoi
re collective de la Shoah sera donc célébrée à travers plusieurs manifestations, religieuses ou simplement historiques et culturelles. Notamment le jour du Yom Hashoah, jour de commémoration de la Shoah en Israël ainsi qu’en France, par les juifs pratiquants mais aussi par les associations dédiés à la mémoire de l’Holocauste et à la communauté juive. Commémoration instaurée en 1959 par une loi signée par David Ben Gourion et Yitzhak Ben-Zvi, respectivement Premier ministre et Président d’Israël. Cette loi n’est que l’une des nombreuses qui ont fait suite aux actions orchestrées par les nazis : la création d’un tribunal international pour juger les crimes nazis, l’instauration de la notion juridique de crime contre l’humanité, d’un Etat juif, Israël, du concept de génocide appliqué par la suite à des évènements antérieurs puis postérieurs, et la proscription de l’antisémitisme en Occident. De quoi alimenter les productions cinématographiques, théâtrales et littéraires de notre temps. Le premier cinéaste à s’être essayé à la représentation de l’horreur des camps nazis est Orson Welles en 1945 avec son film Le Criminel dans lequel il reprend des images tournées par les cameramen des services cinématographiques de l’armée dans les camps de concentration d’Auschwitz. Du côté de la littérature, on ne peut être passé à côté du livre de Primo Levi, Si c’est un homme publié en 1964, ou du plus difficile mais si réaliste livre de Christian Bernadac, Les mannequins nus en 1971, dévoilant de manière crue les camps de concentration pour femmes. Le théâtre n’est pas en reste puisque Max Frisch, entre autres, met en scène les persécutions antisémites dans une petite ville avec sa pièce Andorra en 1961. Plus récemment, un film sur la rafle du Vel d’Hiv’ a fait une légère apparition dans nos salles, La Rafle de Roselyn Bosch. Intemporels donc, la Shoah et les évènements qui l’accompagnent ont toujours été et resteront des sujets d’actualités malgré les années qui passent. Rendons à l’Histoire ce qui lui appartient en continuant d’honorer et de commémorer ces disparus de guerres, tout en comprenant les réalités historiques auxquelles ils appartiennent.
Emilie PETIT
L’antisémitisme en France