Dossier
Année de l’Outre-mer en 2011: une histoire métissée
L’Outre-mer et la France : même combat ?
2 685 705 millions : c’est le nombre d’habitants des départements d’Outre-mer recensé en janvier 2011, comptabilisant les habitants de la Guyane, la Martinique, la Réunion, la Guadeloupe, Mayotte mais aussi la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française. Difficile donc de faire l’impasse sur ces quelques millions de français « entièrement à part » comme le soulignait avec tant de vigueur les martiniquais en 1959, sous la coupe de l’écrivain et poète Aimé Césaire.
C’est pourquoi 2011 a officiellement été déclarée année de l’Outre-mer. Une ambition à double tranchant pour cette manifestation : d’un côté, une volonté de mettre sur le devant de la scène ces petits bouts de territoires dont les cultures et les civilisations ont leurs propres règles, de l’autre, un besoin de rétablir une vérité souvent erronée et déformée. Salon du livre, Quai Branly, fête de la Musique, Printemps des poètes, Nuit des Musées, Centre Tjibaou, colloques, radios et télévisions… Cette année, tout a été pensé aux couleurs de l’Outre-mer. Mais bien loin de n’être qu’une simple occasion de mettre, le temps d’une année, l’Outre-mer à l’affiche, cette manifestation tient pour ambition de réinscrire durablement ces peuples, géographiquement éloignés, dans l’histoire et le quotidien des français de la métropole.
Une histoire à laquelle ils ont depuis toujours pris part, comme le note le romancier, poète et essayiste guadeloupéen Daniel Maximin, nommé pour l’occasion commissaire de l’année de l’Outre-mer.
Extrait : L'Amicale des Antillais du Pays de Montbeliard et de Belfort
Abdelkader Baroudi - Radio Amitié (2009)
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La diversité sous le soleil…bien loin des clichés
Les débats qui animent l’hexagone sont bien souvent éloignés du quotidien et des questio
ns politico-sociales qui touchent ces territoires colonisés, pour certains, depuis 1946. De même, les disparités sociales ainsi que le pouvoir d’achat est bien différent aux Antilles françaises qu’en métropole. D’où la révolte, en 2009, des antillais guadeloupéens et martiniquais face à l’inflation des produits importés de la métropole, au chômage galopant et à une économie statique. Voitures incendiées, routes barrées, etc. : 20 000 personnes ont ainsi décidé d’envahir les rues de Pointe-à-pitre en Guadeloupe, peu de temps avant que la Martinique ne vienne grossir les rangs. Lors de ces révoltes, Patricia Braflan-Trobo – professeur en Ressources Humaines et doctorante en sciences politiques, auteure de l’ouvrage Conflits sociaux en Guadeloupe : histoire, identité et culture dans les grèves en Guadeloupe - prévient : « Autour de la table des négociations, vous avez des Guadeloupéens d’origines africaines et indiennes qui revendiquent face à l’Etat et au patronat qui sont à 99 % des personnes dites blanches [...] Il faudra qu’une frange de ce patronat qui a toujours pensé que la compétence était blanche finisse par admettre que nous ne sommes plus dans l’ex-Afrique du Sud ».
Lors du débat sur l’identité nationale lancé début 2010, les Antilles ont d’emblé fait front en s’insurgeant contre certaines réflexions du ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire de l’époque, Eric Besson. Parlant de « pacte avec la nation », Eric Besson s’est rapidement attiré le mécontentement des antillais, qui parlent de leur engagement envers la France comme d’un « pacte de sang » passé il y a déjà près de deux siècles. Un débat qui leur est apparu donc bien éloigné des réalités historiques souvent oubliées des politiques de la métropole qui régissent les Antilles. Ce débat sur l’identité nationale n’a à priori fait que renforcer l’idée des antillais selon laquelle ils n’étaient, le plus souvent, pas considérés comme de véritables français à la culture dissidente et non reconnue comme entité à part entière par les gouvernants de la métropole.
Extrait : Conflits aux Antilles
Valérie Nivelon - RFI (2009)
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Une culture à part entière !
Quand la loi SRU prévoit la construction et la réhabilitation de logements sociaux en France, en 2010, pour répondre à une demande de plus en plus importante et inquiétante, la ministre actuelle en charge de l’Outre-mer, Marie-Luce Penchard, soutient la modernisation des squats à Nouméa. En effet, actuellement près de 8 000 personnes sont concernées par cette nouvelle mesure prise en concertation avec Pierre Frogier, député UMP et président de la province sud de la Nouvelle-Calédonie. Une preuve supplémentaire des cultures différentes qui ont cours hors de la métropole. Un monde à part en somme.
Une identité que l’hexagone a parfois du mal à prendre en considération. Et pourtant. Qu’il s’agisse des Antilles ou de la Polynésie française, l’Outre-mer entretient et cultive ses propres dogmes culturels. Gastronomie, musique, langue et coutumes possèdent leurs propres ingrédients, véritable métissage africain, indien et français : la culture créole. Exemple le plus probant : Le Carnaval. Cette grande manifestation annuelle, l’une des plus populaires, donne une image bien pâle du carnaval en métropole. Contrairement à la France, les Antilles cultivent avec passion l’amour des festivités et le goût pour le mélange entre communautés. Pendant près de quatre jours, danseurs, danseuses, chars décorés et concours de beauté rythment le quotidien des antillais. Enfin, tout comme sa consœur outre-Atlantique, la gastronomie tient une place privilégiée dans le cœur et les assiettes des citoyens. La Fête des cuisinières, qui se tient le 10 août chaque année, a à cœur de mettre sur le devant de la scène l’art de la cuisine et de la bonne chaire antillaise.
Alors, quel avenir pour ses colonies en voie de décolonisation, à la culture affirmée en rêve d’émancipation ?
Le 10 janvier 2010, la proposition du gouvernement concernant une autonomie accrue de la Guyane et de la Martinique en passant sous le statut de collectivité d’Outre-mer au lieu de celui de département et de région avait été reçue par un « non » majoritaire. La question qui avait alors été posée « Approuvez-vous la transformation de la Martinique en une collectivité d'outre-mer régie par l'article 74 de la Constitution, dotée d'une organisation particulière tenant compte de ses intérêts propres au sein de la République ? », donna suite à un second référendum organisé le 24 janvier, et proposant simplement un régime d'assemblée unique remplaçant le Conseil général et le Conseil régional. Second référendum laissant place, cette fois, à un « oui » général malgré un faible taux de participation.
Une chose est sûre : entre émancipation totale et sécurité, les Antilles ne savent que choisir. La métropole et l’Outre-mer sont donc pour l’instant liés par un contrat, certes constitutionnel, mais aussi social et historique évident.
Extrait : Littérature caribéenne: Giselle Pineau
inconnu - RFI (1995)
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Emilie PETIT