Dossier
Affliction polonaise : perte de l’élite gouvernementale
Le cercle des Polonais disparus
La Pologne est en deuil. Á l’occasion de la commémoration des morts du massacre de Katyn de
1940, un autre drame est survenu. Celui de la mort du président polonais ainsi que de sa femme Maria, accompagnés du chef de l'état-major, et du vice-ministre des Affaires étrangères Andrzej Kremer, entre autres. 96 morts au total. Urszula Aleksandra Bula, polonaise de 25 ans, étudiante en audiovisuel et originaire du petit village de Budzow à la frontière de la République tchèque, nous parle de ce drame : « A Budzow, les gens parlent beaucoup de l’accident. Nous suivons régulièrement les informations. Enfin, nous n’avons pas tellement le choix puisque à la télévision et à la radio, les médias ne parlent plus que de ça. Actuellement, nous sommes en deuil, et pendant une semaine, il n’y aura aucun concert dans tout le pays, aucune série ni aucun divertissement à la télévision, pas de musique à la radio et bien-sûr, aucune fête. » La population polonaise est en état de choc. Des élections présidentielles ont été d’ores et déjà programmées : le 21 avril, chaque citoyen Polonais devra se rendre aux urnes les plus proches pour nommer son nouveau chef d’État. « Cet accident est terrible et très triste, mais le président Kaczynski n’était pas très apprécié des Polonais. Pour ma part, je n’aimais pas notre président. Je n’aimais pas sa politique trop conservatrice. Il était bien trop dépendant de l’Église. Il m’est arrivé de penser qu’il n’avait pas les épaules pour occuper ce poste. » Une vision que beaucoup de citoyens polonais partagent, malgré un attachement et une solidarité nationale dus en grande partie à une histoire lourde de significations.
Extrait : Le théâtre d'intervention en Pologne
François Yvernot - Aligre FM (1993)
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Un peu d’Histoire…
Pour mémoire, c’est entre autre grâce à Napoléon que se sont formés les prémices de l’Etat polonais tel que nous le connaissons aujourd’hui. Napoléon, qui « fricotait » officiellement avec Maria Walewska, une aristocrate polonaise, décida de créer le Duché de Varsovie – réunissant les régions autour de Poznan et Varsovie – en 1807. Les paroles de l’Hymne national polonais s’inspirent d’ailleurs de cet évènement et louent les bienfaits de Napoléon sur l’indépendance de la Pologne, alors sous le joug de la Prusse. Autant dire que les Polonais se sont toujours, et encore maintenant, sentis redevables à la France. D’où des relations presque toujours au beau fixe, ainsi qu’une multitude d’accords d’échanges entre les deux nations, qui se sont multipliés après la chute du communisme. La France est l’un des principaux partenaires de la Pologne dans le domaine des affaires politiques, économiques, culturelles, scientifiques et technologiques. Elle est également le plus grand contributeur d’investissement direct étranger en Pologne. De quoi ravir nos concitoyens polonais, « européens » depuis 2004. La communauté polonaise en France compte d’ailleurs environ un million de personnes, pour la plupart concentrées dans la région du Nord-Pas-de-Calais, à Lille et dans le bassin minier autour de Lens et de Valenciennes. L’ancien président français Charles De Gaulle avait bien cerné l’importance des enjeux d’une telle entente, lorsqu’il déclara, lors d’un voyage officiel en Pologne le 11 septembre 1967 : « Polonais, Français, nous nous ressemblons tant et tant ! C’est vrai pour l’économie, la culture, la science. C’est vrai aussi pour la politique. De siècle en siècle, il n’arriva jamais que nos deux peuples se soient combattus. Au contraire, le succès ou le malheur de l’un ont toujours été liés au succès ou au malheur de l’autre. »
Extrait : Ma petite Pologne
Nicolas Buignet - Radio P. FM
Des alliés culturels
Depuis l’organisation en France, en mai 2004, de la saison culturelle « Nowa Polska », à l’occasion d
e l’entrée de la Pologne au sein de l’Union Européenne, les échanges culturels et artistiques entre ces deux pays se sont intensifiés. En effet, ils font partie du plan d’action de l’accord de partenariat stratégique. Une déclaration officielle a, en outre, été proclamée lors du sommet annuel franco-polonais le 5 novembre 2009. En a découlé la mise en place en France de manifestations ponctuelles telle que l’Année Chopin 2010. N’oublions pas que la France accueille, depuis quelques siècles déjà, les plus hautes figures polonaises politiques, artistiques et scientifiques. Á commencer par Stanislas Leszczynski, né à Lwów en Pologne, qui devint Duc de Lorraine et de Bar en 1737, Frédéric Chopin et Marie Curie (Skłodowska de son nom de jeune fille) au XIXè siècle, Guillaume Apollinaire, de son vrai nom Wilhelm Albert Wodzimierz Apolinary de Waz.-Kostrowicki, écrivain naturalisé français, né en Pologne, Raymond Kopa, de son vrai nom Raymond Kopaszewski, footballeur français d'origine polonaise qui a reçu le Ballon d’Or en 1958, le cinéaste franco-polonais Roman Polanski, né Raymond Roman Liebling, ou encore Georges Charpak, né le 1er août 1924 dans le village de Dabrowica en Pologne (aujourd'hui Doubrovytsia en Ukraine), physicien français lauréat du prix Nobel de physique en 1992. Mais au-delà de ces personnalités au métissage culturel révélateur, un véritable échange linguistique et universitaire s’opère entre les deux nations. Le français est ainsi la 4è langue en Pologne, derrière l’anglais, le russe et l’allemand, et la Pologne a été nommée observateur de la francophonie en 1997. 16 alliances françaises sont également implantées dans la province polonaise au sein des universités, outre les instituts de Varsovie et Cracovie. La province française de l’Est affectionne également le jumelage avec des villes ou provinces polonaises, comme par exemple Bourges avec Kozlin ou encore St Etienne avec Katowice. La porte reste donc ouverte entre les deux pays, sous réserve de l’élection d’un nouveau chef d’État polonais.
Emilie PETIT